Le musée de Gap possède une superbe collection de céramiques dont les nombreuses pièces sont très représentatives de la diversité de cet art. Elles peuvent être classées en trois catégorie : les céramiques archéologique locales, les pièces modernes de fabrication locale, enfin, les pièces des grandes ateliers français et étrangers. Une large place est donnée aux ateliers provençaux et méditerranéens qui ont influencé, par leurs techniques et leurs styles, de très nombreuses fabriques. On peut aussi y admirer des pièces provenant des ateliers de Grenoble, Strasbourg, Nevers et Lyon.
Les premières utilisations de la céramique sont attestées au Néolithique (vers 8000-2000 av. J.C.). L’emploi de la faïence stannifère remonte à l’Egypte, à l’Antiquité et au Proche-Orient. L’introduction en Europe de cette technique est probablement faite lors de la conquête de l’Espagne par les Arabes. On retrouve, en effet, dans la région de Valence et dès l’époque des Maures, une faïence blanche aux décors en vert de cuivre et brun violacé de manganèse et des faïences lustrées. Le centre de production le plus célèbre d’Espagne est sans conteste Manisès.
D’ailleurs, dès les XVème et XVIème siècles, les plus grandes familles italiennes se servent de vaisselle de Manisès. Le passage de cette technique vers l’Italie s’est vraisemblablement effectué par les voies maritimes, dès les XIIème et XIIIème siècles, car des potiers musulmans s’installent, à cette époque, en Sicile.
L’Italie est le pays qui a fourni les plus grandes productions. D’ailleurs, l’origine du mot faïence vient du nom de la ville de Faenza qui, dès le XVIème siècle, compte de très nombreux ateliers. La technique de la faïence se développe très rapidement. Il s’agit là, en réalité, de la genèse de l’art de la faïence dans toute l’Europe occidentale. Très vite, les couleurs sont inventées en Toscane au XVème siècle et à Faenza. Au XVIème siècle, les décors de style Renaissance font leur apparition.
La première période de la faïence française est qualifiée de « pseudo - italienne », car des faïenciers italiens s’installent à Lyon, puis à Nevers au XVIème. Au XVIIème siècle, les arts de la table se modifient sous l’impulsion de Louis XIV, qui impose aux nobles du pays, pour des raisons économiques, la fonte de la vaisselle d’or et d’argent. La faïence connaît alors un essor fulgurant.
Les décors deviennent très variés. Ainsi, les peintres s’inspirent de l’École de Fontainebleau ou de Simon Vouet. Puis, les motifs d’Extrême-Orient deviennent à la mode grâce à l’influence de la porcelaine de Chine. Dans le même temps, le « style » français donne la naissance aux décors Bérain et aux « broderies ». Malgré l’apparition de la porcelaine au XVIIIème, la faïence française connaît son apogée à cette époque. Mais, à la Révolution, les importations de porcelaine fine anglaise et enfin l’industrialisation de la porcelaine au XIXème siècle mettent fin, peu à peu, aux ateliers français. La faïence se maintiendra à une fabrication surtout rurale.
LES TECHNIQUES DE DÉCORATION
Le décor de grand feu : le peintre pose son décor sur la poudre d’émail. Pour cela, il s’aide généralement d’un poncif, sorte de calque piqueté, par les trous duquel il fait passer de la poudre de charbon de bois qui donne l’ébauche du décor. Ce tracé disparaît à la cuisson. Les couleurs sont celles d’oxydes colorants, quelquefois mélangés entre eux. Les couleurs de grand feu sont le bleu (à base d’oxyde de cobalt), le violet ou le brun (à base d’oxyde de manganèse), le jaune (à base d’oxyde d’antimoine), le vert (à base d’oxyde de cuivre).
Le décor peint, la pièce est cuite au « grand feu » (température avoisinant les 950°C). Les grands centres utilisant cette technique sont Nevers, Rouen, Moustiers, Paris, Lille, Saint – Jean – du - Désert.
Le décor de petit feu : la préparation de la pièce est la même que pour la cuisson au grand feu, jusqu’à la deuxième cuisson de l’émail qui se fait sans le décor. Celui-ci est ensuite peint sur l’émail déjà cuit. Les couleurs sont posées à l’aide d’essence de térébenthine grasse qui permet au dessin d’adhérer sur la couverte vitrifiée, et qui disparaît à la cuisson Ce procédé est plus onéreux puisqu’il nécessite une cuisson supplémentaire, mais il permet l’emploi de couleurs plus éclatantes, telles que le pourpre de Cassius, le rose vif de base de stannate d’or. Les pièces décorées cuisent à une température avoisinant 750°C, en atmosphère oxydante, dans un four à moufle. Cette technique permet de donner à la faïence un décor semblable à celui posé sur les porcelaines.
Les grands centres qui utilisent cette technique sont Strasbourg, Marseille, Sceaux.