La faïence de Moustiers, célèbre par la qualité de sa glaçure stannifère blanche et la légèreté de sa terre, acquiert sa renommée au XVIIème avec la manufacture Clérissy, dirigée de père en fils de 1679 à 1784. Entourés d’artistes de talent comme les peintres de la famille Viry, ils s’adaptent au changement de mode des arts de la table, imposé par les Lois Somptuaires de Louis XIV.
De 1680 à 1750, les Viry exécutent pour les Clérissy de nouveaux types de décor tels que des scènes de chasse qui ornent des grands plats, des fontaines d’applique et des vasques. Ils embellissent les services de table de la noblesse de leurs armoiries. Ils créent aussi des décors historiés en camaïeu bleu d’inspiration biblique, historique ou mythologique, qui rappellent l’Extrême-Orient. Pendant la même période, les premiers décors Bérain (motifs de grotesque), font leur apparition, évoquant les fresques pompéiennes ou italianisantes.
La fabrique Clérissy est très vite concurrencée par celle d’Olérys - Laugier au début du XVIIIème siècle. Ces deux manufactures font la renommée de Moustiers. La noblesse leur commande des services de table qui se composent parfois de 200 à 700 pièces. La fabrique Oléry - Laugier innove en matière de couleur à partir de 1740. Les décors exécutés souvent en miniature sont des décors mythologiques à guirlandes, à fleur de jasmin, à grotesque, et à broderies.
À la fin du XVIIIème siècle, les manufactures Fouque, Féraud, et Ferrat offrent une production variée mais moins novatrice, avec des décors floraux, des « chinoiseries » au fond blanc ou jaune et des décors à petit feu avec du rouge groseille, du mauve et du vert émeraude.
Rafraîchissoir à bouteille de la fabrique Clérissy, daté de 1730-1740. Décor de grand feu. Son motif végétal est d’un bleu profond. Les prises latérales sont en « tête d’indien », motif typique du répertoire décoratif de Moustiers.
Plat creux oblong octogonal à décor de grand feu. Il est caractéristique des formes produites à Moustiers et provient de la fabrique Clérissy. Il date des années 1720-1740. Son décor Bérain et ses motifs en camaïeu bleu sont typiques des premières productions.
Plat oblong à bord chantourné de la fabrique Olérys - Laugier, daté de 1740-1750. Son décor de grand feu polychrome est typique du répertoire de Moustiers : au centre un bouquet et sur les bords, une guirlande de fleurs jaunes et bleues.
Théière de grand feu polychrome de la fabrique Olérys - Laugier, datée de 1740-1750. Le corps de la pièce est décoré de fleurs. Le reste du décor se compose de filets, de dentelles, de fleurettes et de motifs de ferronnerie sur le bec verseur et l’anse.
Ravier oblong de la fabrique Olérys - Laugier, daté de 1740-1750. Le décor de grand feu vert et ocre offre une scène où se mêlent grotesques, fleurs et oiseaux imaginaires.
Boîte à sable, avec décor de grand feu polychrome, datée e 1770-1800. Ces boîtes à sable étaient assorties aux encriers qui avaient la même forme carrée. La poudre fine qu’elles contenaient absorbait le surplus de l’encre et activait son séchage.
Terrine couverte, datée de 1760-1780. Son décor de grand feu est composé de bouquets à la fleur de solanée. Elle repose sur quatre pieds. Les prises sont en tête de faune. Cette terrine était destinée au service des plats à base de viandes et de légumes.
Pot à eau chaude et cuvette provenant de la fabrique des frères Ferrat, datant de 1770-1790. Le décor principal est inhabituel : la rose et la tulipe sont des motifs directement inspirés des productions de Strasbourg. Il s’agit là d’un décor de petit feu polychrome dont les tâches, dans le fond du bassin et le vert inégal, prouvent la difficulté de cette technique.
Bouquetière lyre. Elles sont caractéristiques su début du XIXème siècle, époque où la production de Moustiers devient plus éclectique. Leur forme et coupée sur les bouquetières produites dans l’est de la France. Le décor de grand feu polychrome est inspiré d’une autre région de Provence.