Musée Muséum Départemental, Gap
Accueil
Musée Muséum
Actualités
Histoire et patrimoine
Arts
Peinture
Sculpture
Jean Esprit MARCELLIN
Lucien Achille MAUZAN
BOUHEDDAD
Musée
Céramique
Arts graphiques
Art contemporain
Arts vivants
Photographie
Musée
Muséum
Informations
Musée
Musée
 
 
Sculpture
 
 
Jean Esprit MARCELLIN

 

NAISSANCE DE MARCELLIN

Jean – Esprit – Marcellin est né à Gap, le 24 mai 1821, dans une des vieilles maisons d’un des plus vieux quartiers de la ville, une véritable chaumière mal éclairée, triste avec ses murailles d’un gris jaunâtre. Démolie depuis, elle était située impasse des Travailleurs, dans les terrains possédés aujourd’hui par le couvent de la Providence. Peu de temps après sa naissance, ses parents vinrent habiter dans la rue St-Arey, une petite maison avec jardin, sinon plus confortable, du moins mieux aérée et mieux ouverte à la lumière. C’est là que s’écoula l’enfance du futur auteur de la Bacchante et Cypris.

Son père était un ouvrier laborieux, peu instruit, mais sensé ; sa mère, une vraie paysanne, avait un cœur excellent, capable des plus durs sacrifices. Il avait un frère aîné qui vécut seul, à l’écart, nature ombrageuse, n’ayant de relations avec personne. On vivait en commun du modeste produit des champs que les Marcellin faisaient valoir eux-mêmes, et du maigre bénéfice que le père retirait de son métier de tisserand. Par une ironie malicieuse, on leur donnait communément le surnom de rentiers ; mais, à vrai dire, l’aisance ne régnait pas dans la famille, et ce n’est que grâce à un rigoureuse  parcimonie que l’on parvenait à joindre les deux bouts : on était réellement pauvre. Déjà, en l’an VIII, par un arrêté du 10 vendémiaire, le citoyen Jean-Joseph Marcellin est exonéré de la contrainte militaire, qui consistait à loger et nourrir un soldat moyennant une faible rétribution quotidienne et trente ans plus tard, nous le voyons encore déchargé, par décision du 17 février 1832 du Conseil de Préfecture, de sa contribution personnelle-mobilière, comme journalier sans ressources.

On se rend ainsi facilement compte du milieu sombre et besogneux où Marcellin passa ses premières années. La gaîté était bannie de la maison ; son enfance s’écoula monotone ; il ne connut pas les jeux, où l’âme dépense librement son activité  débordante. De là, sans doute, cette noire mélancolie de sa jeunesse ; de là, même au moment où la fortune et la gloire lui souriaient, cette humeur triste et taciturne. La joie est au prix de l’activité librement dépensés. La douleur de l’enfant privé de jeux ressemble au désespoir de l’artiste arrêté dans son libre développement.

EDUCATION – APPRENTISSAGE

L’enfance de Marcellin fut donc celle des enfants pauvres et déshérités. Lui faire donner de l’instruction, il n’y fallait pas songer ; l’argent manquait à la maison. Heureusement pour lui, le Conseil municipal de Gap venait de prendre l’initiative de créer une école gratuite d’enseignement mutuel. C’était une salle sombre et mal meublée avec des tables boiteuses et des bancs souillés de boue, où venaient chaque matin s’entasser des enfants qui ressemblaient à des petits mendiants hâves et déguenillés plutôt qu’à des écoliers. Jamais un rayon de soleil n’y pénétrait, mais on s’y réchauffait aux regards du maître : pour ces humbles enfants la fréquenter, c’était l’aimer.

Marcellin fut un des élèves les plus assidus de cette école où l’on distribuait parcimonieusement les premières notions de calcul et les règles élémentaires de la grammaire. Il posséda bientôt la bagage de science commun et devint un des moniteurs en titre de la classe. Il existe encore à Gap des personnes à qui il fait épeler les lettres de l’alphabet et dont il a guidé sut l’ardoise les mains tremblantes.

C’est à ce moment que l’on voit naître ne lui le goût du dessin. Déjà, il s’essayait à traduire sa pensée par des lignes, et, comme le maître n’entendait pas que l’on s’occupât de choses étrangères à la classe, c’était pendant la récréation qu’il livrait à sa distraction favorite. Ses camarades étaient émerveillés de l’habilité  de sa main et se disputaient ses images. Chez ses parents, l’enfant dessinait partout, sur les livres, sur les murs, sur les portes ; il y a quelques années, on pouvait voir encore dans la maison de la rue St-Arey des traces des ces premiers croquis charbonnés à l’aventure.

À quatorze ans, Marcellin quitta l’école ; il était frêle, peu robuste, d’une santé délicate ; aussi ses parents avaient-ils pris le parti de le laisser courir librement au grand air en attendant qu’il fût assez fort pour apprendre quelque profession manuelle. Pendant les deux années qui suivirent l’enfant se fortifia, et en même temps que la santé, se développèrent en lui ses dispositions naturelles pour la sculpture et les arts plastiques.

On le voyait se mettre en contemplation devant l’échoppe de plâtriers italiens ambulants, faiseurs de statuettes, connus dans le pays sous le nom de santi belli. Rentré chez lui, l’enfant s’efforçait de réaliser le modèle que ses yeux avaient fouillé et analysé. Il se plaisait tantôt à façonner la terre, tantôt à sculpter le boi. Ignorant du métier, dépourvu des moindres principes, il restait parfois des heures entières à exécuter de ses mains inhabiles les conceptions de son esprit. Et s’il réussissait au pris de quel labeur, de quelle souffrance ! Mais plus grande était la peine, plus vif était le plaisir, et chaque pas en avant dans cette voie ouvrait un champs plus large à l’activité de son esprit ; chaque obstacle surmonté laissait entrevoir à son imagination curieuse, par delà de nouveaux obstacles, e nouveaux horizons.

Quand il eut seize ans, ses parents, pour satisfaire à ses désirs et ne prévoyant guère combien sage et clairvoyante était leur détermination, le placèrent en apprentissage chez un certain Duret, qui exerçait à Gap les multiples professions de décorateur, de peintre et de sculpteur en tous genres. Cet industriel était une espèce de bohème sans talent, vivant du travail de ses ouvriers qu’il ne payait pas. Et n’était-ce pas chose curieuse que de voir les saints, et quel saints ! sortir en foule de cet atelier, véritable capharnaüm, pour aller orner les modestes églises des Hautes-Alpes et faire l’admiration de nos bons villageois ?

Duret avait à Gap un rival, Biny, qui avait au moins sur lui l’avantage de rétribuer plus régulièrement ses ouvriers. C’est chez lui qu’émigra Marcellin, après être resté deux ans chez Duret. Là, il fit connaissance d’un jeune ouvrier, Guillemot, plutôt porté par ses goûts vers la peinture, mais qui, à l’occasion, façonnait et sculptait le bois. C’est à Guillemot notamment que l’église de Château-Queyras est redevable de ses peintures, de ses fresques et ses sculptures. Marcellin s’était lié d’amitié avec lui. Ils se retrouvèrent plus tard à Paris ; mais Guillemot abandonna de bonne heure les beaux-arts, pris d’une soudaine vocation monastique. « Les saints et les saintes se vengent, s’écriaient ses amis. » « Nous ne pouvons, en tout les cas, lui reprocher d’entrer dans les Carmes déchaussées, disait l’un deux plus sarcastique. Il ne pouvait mieux choisir, lui qui n’a été qu’un va-nu-pieds en peinture.»

Que pouvait bien apprendre chez ces entrepreneurs, ces jeunes gens réellement amoureux de l’art, naturellement artistes, mais qu’en fait on exerçait plutôt au métier de maçon qu’à l’art du sculpteur ? Quelle a pu bien être notamment leur influence sur le talent naissant de Marcellin ? Nulle. Et pourtant, cette besogne grossière, fatigante même, ne lui déplaisait point ; il travaillait sans compter. Que lui importait son salaire ? N’avait-il pas ainsi le moyen de satisfaire les aspirations intimes de son âme ? Aussi, ne mesurait-il pas les difficultés de sa tâche à la rémunération promise, mais au besoin impérieux qui le dominait, au besoin de devenir quelqu’un. Il trouvait dans le travail sa plus  douce récompense : produire, produire toujours, à toute heure, était pour lui une joie. Il élevait jusqu’à la dignité de l’art les travaux confiés à ses mains d’ouvrier, et ne se bornait pas à reproduire docilement les types consacrés ; il se laissait conduire par son imagination et agrandissait à plaisir la tâche qui lui était confiées ; il goûtait dans ce surcroît de labeur qu’il imposait une noble satisfaction : l’orgueil de se sentir supérieur à sa condition.

La tradition signale dans les églises du département plusieurs figures qui seraient de la main de Marcellin. Les moyens de contrôle manquent absolument ; aussi ne prendrons-nous pas la peine de discuter le mérite de ces figures et de les comparer aux œuvres authentiques du statuaire. Marcellin lui-même faisait peu de cas de ses premières ébauches, si l’on en juge par cette anecdote qui nous a été racontée par M. Émile Guigues, un de ses amis intimes. (Ils s’étaient connus dans leur jeunesse à Paris, étudiant tous les deux les beaux arts ; rapprochés tout d’abord comme compatriotes, ayant les même goûts et les même ambitions, ils ne tardèrent pas à ressentir l’un pour l’autre une grande amitié.)

Marcellin était venu vers 1854 voir M. Guigues à Embrun ; on se rendit en famille à un pèlerinage des environs, St-Roch, où le 16 août de chaque année la population, selon une vieille coutume, va passer la journée en prières, en dîners sut l’herbe et en danses rustiques. Marcellin voulut visiter la chapelle. Il entre et tout à coup s’arrête, pris par un fou rire, en regardant le Patron qui trône à l’autel avec un doigt sur la plaie de sa jambe, ayant près de lui son chien. Il entraîne son ami vers l’autel et lui montrant St-Roch : « C’est de moi… quand j’étais chez Biny ! »

Lorsque Marcellin eut 20 ans, il avait commencé à se trouver à l’étroit chez ce dernier. Il était devenu ambitieux et nourrissait depuis quelques temps le projet d’aller se perfectionner à Paris. Il amassait dans ce but à grand peine et sou par sou un petit pécule fréquentait point les jeunes gens de son âge, préoccupé de sa destinée et voulant la faire conforme à ses aspirations et à ses espérances.

C’est alors qu’il cisela un médaillon de jeune fille, qui fut aux yeux de ses compatriotes comme une révélation de son génie artistique et décida de son avenir. Il rencontra en M. Elisée Roubaud, alors maire de Gap, un homme intelligent qui devina sa vocation véritable. Enthousiasmé de ses premiers essais et comprenant ce qui bouillonnait dans cette jeune tête, M. Roubaud se fit le protecteur de Marcellin et l’encouragea vivement à de rendre à Paris. L’affaire était grave et délicate ; on tint un conseil de famille ; le père jugeait l’aventure hasardeuse et hochait tristement la tête ; la mère était surtout effrayée pas les dangers de la capitale et la vie de privations à laquelle son fils serait condamné ; enfin vaincus par la persistance opiniâtre de Jean, rassurés pas les bonnes paroles de M. le Maire, les parents cédèrent. La famille s’imposa des sacrifices, l’enfant apporta tout joyeux ses économies, quelques voisins généreux offrirent leur obole, et l’on parvint ainsi à réunir une somme de trois cent francs.

C’est avec maigres ressources, mais riches d’illusions, muni d’une lettre de recommandation de M. Roubaud pour M. Allier, député, que Marcellin, vers le mois de mai 1841, partit pour Paris, à la conquête de la fortune et de la gloire.

Il devait y trouver l’une et l’autre

 

Conseil Général des Hautes Alpes